Quartier de Chaillot

Le quartier de Chaillot est le 64e quartier administratif de Paris ; il se trouve dans le 16e arrondissement. Situé sur la colline de Chaillot, il a pour origine le village du même nom ; mais c’est au XVIe siècle qu’il se désenclave avec la construction d’un château pour la reine Catherine de Médicis, d’autres grandes demeures puis d’établissements religieux, notamment le couvent de Chaillot. En 1659, il devient officiellement un faubourg de la capitale. Sous le Premier Empire, le projet avorté du palais du Roi de Rome est envisagé sur la colline, suivi par plusieurs esquisses architecturales (statue monumentales, lotissements…). Le quartier est intégré à Paris en 1860 et voit la construction du palais du Trocadéro à l’occasion de l’exposition universelle de 1878, autour duquel de nombreux bâtiments d’habitation sont édifiés. Le palais laisse la place au palais de Chaillot en 1935 pour l’exposition spécialisée de 1937.

Les premiers documents à mentionner Chaillot datent du XIe siècle, bien que le terme varie entre « Chaillot », « Chalouel », « Chaleau » ou encore « Chaliau », faisant étymologiquement référence au « caillou » (la colline de Chaillot) ou à la « forêt ». L’orthographe « Chaillot » ne deviendra la norme qu’au XIXe siècle. S’y trouvent alors un village et une église, issus eux-mêmes d’une villa démembrée datant de l’époque mérovingienne, portant le nom de Nimio (en français : « Nigeon »), étymologie faisant référence aux sources d’eau de Passy. Au Moyen Âge, le village se développe autour d’un chemin correspondant aux actuelles rues de Chaillot et Quentin-Bauchart ainsi qu’une partie de l’avenue d’Iéna. Entouré de vignes, il produit un vin réputé. Sous le roi Louis XI, la seigneurie de Chaillot échoit au monarque, qui la confie à l’historien Philippe de Commynes. En 1583, la reine Catherine de Médicis achète et transforme un ermitage renommé « Catherinemont » ; l’architecte antiquisant Étienne Dupérac est chargé des travaux et réalise un château « en U » avec des jardins en terrasse et une cour en forme d’hippodrome. La souveraine n’en profite toutefois pas longtemps : le chantier commence en 1588 et elle décède l’année suivante1.

De plus en plus soumis à l’influence de la ville de Paris, certains de ses illustres habitants viennent y séjourner, comme le graveur du roi Louis XIV Israël Silvestre, lequel dresse plusieurs esquisses des lieux (il habite rue des Batailles, voie supprimée, auparavant située entre la place d’Iéna et l’avenue Albert-de-Mun ou d’autres habitants qui font construire entre les XVIIe et XVIIIe siècles des maisons de plaisance « en style palladien, avec jardins ou parcs décorés de statues et de fabriques »1.

Au milieu du XVIIIe siècle, le village de Chaillot compte environ 500 habitants et plusieurs édifices religieux : le couvent des Minimes (datant des XVe et XVIe siècles), celui de la Visitation (XVIIe siècle) et celui des Augustines (XVIIe siècle également)2. Ce mouvement religieux s’opère dès la fin du XVe siècle lorsqu’Anne de Bretagne, qui possède un manoir sur la colline, en fait dont à la congrégation franciscaine des Minimes ; en 1651, l’ancien château de Catherine de Médicis devient la propriété de l’ordre de la Visitation puis toute la seigneurie de Chaillot, en 1686 : ainsi naît le couvent de Chaillot. La transformation des lieux doit beaucoup à Henriette d’Angleterre (qui y avait été élevée), la fille d’Henri IV et veuve du roi anglais Charles Ier. Elle commande à l’architecte François Mansart la construction d’une chapelle et y fait venir une partie de la Cour. Marie Mancini, la nièce de Mazarin, se retire ainsi un moment au couvent des Visitandines ou, pour deux fois, Louise de La Vallière. Bossuet prononce d’ailleurs sa célèbre oraison funèbre pour Henriette dans la chapelle de Mansart. Le couvent accueille par la suite plusieurs personnalités de la branche déchue des Stuarts : Henriette, puis son fils, le roi Jacques II. La reine Marie d’Angleterre y est inhumée. Un arrêt du Conseil du roi de 1659 fait du village de Chaillot un faubourg de Paris et prend le nom de « faubourg de la Conférence » (référence au chemin menant à Suresnes, là où en 1593 s’étaient tenues les discussions de l’entrée du nouveau roi Henri IV à Paris)3.

Pendant la Révolution française, c’est le 14 juillet 1790 qu’a lieu, sur la rive d’en face, le Champ-de-Mars (alors, « Champ-de-Mai »), la Fête de la Fédération. Le couvent de Chaillot est déjà désaffecté, quand, le 31 août 1794, l’explosion de la poudrerie de Grenelle, toujours sur la rive gauche, participe à détruire une partie du bâtiment. Les lieux sont ensuite déblayés par les pouvoirs publics. En 1800, la colline de Chaillot accueille déjà plusieurs industries, notamment la pompe à feu des frères Périer (un système de distribution d’eau pour Paris) ainsi que deux manufactures. En 18101811, Napoléon Ier confie aux architectes Charles Percier et Pierre-François-Léonard Fontaine la construction du palais du Roi de Rome, destiné à abriter les quartiers de l’héritier du trône de l’Empire ; pour l’empereur, il doit s’agir d’« un Kremlin cent fois plus beau que celui de Moscou », une « cité impériale, la cité napoléonienne » se poursuivant par un parc comprenant le château de la Muette et le pavillon de Bagatelle, et continuant également sur l’autre rive jusqu’au Champ-de-Mars, avec le bâtiment des Archives impériales, une université, une caserne de cavalerie, d’infanterie, une École des arts et métiers, une École des arts et un hôpital militaire4. Toutefois, la retraite de Russie et les déboires militaires qui suivent conduisent à l’abandon du projet.

Chaillot depuis le XIXe siècle

Projets et premiers aménagements

Même s’il ne voit pas le jour, le projet du palais du Roi de Rome ancre le quartier de Chaillot comme lieu solennel. Le pont d’Iéna, construit entre 1804 et 1813 participe dès lors à l’édification d’un axe partant de l’École militaire sur la rive gauche, axe sur lequel vont s’orienter tous les projets postérieurs du quartier de Chaillot. En 1820, un projet de monument à la gloire de la monarchie française est étudié, après le retour de Louis XVIII. En 1824, un lotissement de luxe, dit « villa Trocadéro » est envisagé, « qui eût étagé sur la colline divers bâtiments alla romana autour d’une grande fontaine commémorative figurant les allégories de l’Èbre et de la Seine mêlant leurs eaux, surmontée d’un obélisque ». En 1841, un autre projet, cette fois-ci d’une statue colossale de Napoléon Ier, par Hector Horeau est suggéré après le rapatriement des cendres de l’empereur depuis l’île de Sainte-Hélène. Pendant la Deuxième République, une statue baptisée Héros est programmée, alors que sous le Second Empire, plusieurs, comme le Génie de l’humanité et la France intelligente éclairant le monde (laquelle a pu inspirer Auguste Bartholdi pour sa Statue de la LibertéLa Liberté illuminant le monde) sont dessinées5.

Par métonymie, le quartier de Chaillot commence à faire référence au « Trocadéro » dans les années 1820. De par le projet de « villa Trocadéro » de 1824, mais surtout en 1826, en souvenir de la bataille du Trocadéro, qui s’est déroulée le 31 août 1823, pendant laquelle un corps expéditionnaire français enleva le fort du Trocadéro, qui défendait le port de Cadix, en Espagne. Il s’agissait d’écraser le régime parlementaire en place et de réinstaller sur le trône le roi Ferdinand VII. En effet, en 1826, un spectacle comprenant une reconstitution de la bataille a lieu ici, avec des soldats jouant un rôle et la colline de Chaillot figurant le fort du Trocadéro ; il se finit par des fusées et des feux de Bengale. Sous le Second Empire, des travaux d’arasement à coups de mines sont entrepris par le baron Haussmann, qui perd du coup trois mètres de hauteur et permet la naissance d’une grande place en 1869 : la place du Roi de Rome, autour de laquelle de grandes avenues partant en étoile sont tracées : avenue de l’Empereur, du Roi-de-Rome, de Malakoff et d’Iéna. La chute de l’Empire survient après la guerre franco-allemande de 1870 et la Troisième République s’installe. Apprécié par les monarchistes qui voient là une fierté militaire française mais rejeté par les républicains, le nom de « Trocadéro » est pourtant préféré en 1876, d’une part pour se substituer au nom de place du roi de Rome (trop impérial), et également parce que la Troisième République était encore dominée par les monarchistes, qui espéraient une prochaine Restauration. La place du Roi de Rome devient donc la place du Trocadéro et les avenues environnantes changent également de nom : l’avenue de l’Empereur devient l’avenue du Trocadéro (depuis scindée entre l’avenue Georges-Mandel et l’avenue Henri-Martin) et l’avenue du Roi-de-Rome devient l’avenue Kléber, alors que les deux autres avenues gardent leur nom, moins connoté puisqu’il s’agit de batailles. En 1878, le palais de l’exposition universelle prend également officiellement le nom de « palais du Trocadéro »5.

Les expositions universelles

Les expositions universelles voient le jour dans la seconde partie du XIXe siècle : il s’agit autant d’une compétition économique entre nations, d’une façon d’étendre et de montrer son prestige et son modernisme que d’accueillir et de réunir les grands dirigeants du monde. L’exposition universelle de 1855 est la première à avoir lieu en France ; la suivante, celle de 1867, se tient plus à l’Ouest, et donc non loin de la colline de Chaillot : pour la première fois installée sur le Champ-de-Mars, elle accueille 11 millions de personnes ; Chaillot est alors un promontoire pour observer l’immense palais provisoire de forme ovoïde. L’exposition universelle de 1878, qui se tient toujours sur le Champ-de-Mars et compte 16 millions de visiteurs voit la construction, sur la colline de Chaillot, du palais du Trocadéro, bâtiment initialement prévu comme provisoire mais finalement conservé, devant le coût de l’investissement financier qu’il a nécessité ; sous les jardins, dont les anciennes carrières de pierre, un immense aquarium d’eau douce est créé. L’exposition de 1889 est symbolisée par la construction de la tour Eiffel ; une rétrospective de l’art français a quant à elle lieu au Trocadéro6.

Devenu l’un des faubourgs de Paris, il fut intégré à la capitale en 1860 pour former avec l’ancienne commune d’Auteuil et l’ancienne commune de Passy, le 16e arrondissement. Il portait alors le nom de quartier des Bassins[réf. nécessaire].

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